« L’urgence de nos libertés »

L’état d’urgence sanitaire voté par le parlement, le 24 mars 2020, donne au gouvernement toutes prérogatives pour tenter de faire face à la pandémie du covid-19. Les mesures qui ont été prises en confinant la population chez elle pour stopper l’épidémie, mettent entre parenthèse nos libertés. Nous n’avons plus la liberté d’aller et venir, ni de réunion ni d’entreprendre.

Comme le disait Amaury Bousquet (avocat) dans un article paru dans Libération, le 1ier avril 2020, « lorsque nous abdiquons nos libertés, c’est pour faire face à une menace imminente représentant un danger, tel que de renoncer à tout ou partie de nos droits fondamentaux, ne nous semble pas si terrible en contrepartie. Encore faut-il que nos concessions soient nécessaires et que la réduction de nos libertés individuelles soient limitées dans le temps. »La nécessité de ces mesures et leur calendrier sont ici posées .

Il est donc plus que légitime de se demander si il était nécessaire de mettre en place des mécanismes de contrôle de la population pour gérer cette crise sanitaire. Depuis le début du confinement, les français sont en résidence surveillée 23 heures su 24, en effet, ils ont le droit de sortir une heure par jour et jusqu’à un kilomètre de leur domicile avec une attestation de déplacement dérogatoire qu’ils se sont eux-même remplis.

Mais était-il nécessaire de sanctionner autant les français ? Depuis le début du confinement plus de 760 000 contraventions ont été dressées pour des attestations jugées non conformes avec des motifs parfois invraisemblables, par exemple : tous les motifs de sortie n’étaient pas recopiés ou plusieurs motifs cochés ou personne trop endimanchée pour marcher ou courses jugées non vitales ( achats de serviettes hygiéniques ) … Les forces de l’ordre ont été sommées de faire respecter ce confinement et se sont retrouvées seules face au flou de cette attestation de déplacement. Ce qui était permis à un endroit ne l’était pas dans un autre. De nombreuses plaintes sont déjà déposées pour contraventions abusives. Et la réponse du ministre de l’intérieur, Monsieur Castagner, a été d’appeler «  au discernement des forces de l’ordre » face à chaque cas. Laissant ainsi la porte ouverte à tous les abus.

Non content de sanctionner, le gouvernement nous culpabilise. Les français doivent obéir sans rechigner car « il en va de notre survie » nous raconte-t-il . Le gouvernement en appelle à notre patriotisme . Mais quid du patriotisme quand 3 millions de citadins ont fui en toute impunité leurs domiciles pour aller se réfugier dans les campagnes . On estime que 20 % de la population parisienne et de la petite couronne est partie et en parallèle que la consommation d’eau de la ville de Concarneau, en Bretagne, a augmenté de 40 %. Mais, il est vrai que «  déserter les villes pour les champs est un vieux réflexe de classe » nous rappellent Attias et Benbassa dans Libération du 2 avril 2020. En effet, ce sont les catégories socio-professionnelles supérieures qui ont fui les villes , catégorie qui travaille le plus et qui peut se confiner loin des villes.

Etait-il nécessaire de criminaliser ces français, restés en ville, qui n’auraient pas respecté plusieurs fois le confinement. Dans cette course au contrôle de la population (environ un million), des peines de prison ou des travaux d’intérêts généraux ont été prononcés, dans une justice expéditive, celle de la comparution immédiate.

Mais alors comment expliquer aux personnes devant passer en jugement car étant en détention provisoire, donc présumées innocentes, que les tribunaux ne fonctionnent pas pour eux à cause de l’épidémie de covid-19 ? Pour remédier à cela la ministre de justice, Madame Beloubet, a décidé arbitrairement de prolonger les durées de détention provisoire de 3 à 6 mois sans l’intervention d’un juge.

Dans la continuité du contrôle de la population, le gouvernement imagine un « tracking » : géolocalisation des portables et mise en place d’une stratégie numérique d’identification des gens ayant été en contact avec des personnes infectées par le covid-19.

La technologie sanitaire doit et peut jouer un rôle important durant cette pandémie pour sauver des vies mais cela ne doit pas servir de prétexte pour entrer dans un système généralisé de surveillance numérique. Malheureusement, le gouvernement a choisi de mettre en place, durant cette pandémie, des technologies plus sécuritaires que sanitaires.

Avec cette généralisation du contrôle de la population, doit se poser la question de notre vie privée et de notre liberté. Doit-on sacrifié nos libertés au nom de l’impératif sanitaire ? Ne cédons pas à la fuite en avant des technologies, au pouvoir moralisateur du virus, au discours récurrent qui nous martèle que la sécurité est la première de nos libertés.

Sortons de notre état de sidération et restons vigilant et critique devant tous ces discours qui tentent de dissimuler l’incurie des politiques publiques menées depuis des années. Rappelons nous ce qu’est l’économie libérale. Rappelons à notre gouvernement que toutes ces mesures d’atteinte aux droits et aux libertés garanties par la constitution doivent être abolies à la fin de l’état d’urgence.

Car oublier ces droits reviendrait à dissoudre le corps social à une simple juxtaposition d’individus. Lors de son allocution du 13 avril 2020, Emmanuel Macron, a cité l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Ce qui est pourtant à l’inverse de sa politique libérale qui fonde les distinctions sociales sur des intérêts privés ! De qui se moque-t-on ?

Dans sa volonté de marteler que la « situation est exceptionnelle » pour ainsi réduire les critiques et les divisions politiques, il souhaite faire « union nationale ». Mais , il gouverne par ordonnances, marginalise le rôle de l’assemblée qui a pourtant un rôle de surveillance à jouer, suspend le conseil constitutionnel ainsi que le code de procédure pénale ! L’on voit bien ici la tentation autoritaire de ce gouvernement libéral à travers ces mesures liberticides.

Il est donc nécessaire de retrouver un discours politique cohérent. Jean-Luc Mélenchon nous le dit : «  le confinement sanitaire ne doit pas devenir un confinement politique. » Pour le sociologue Samuel Hayat : «  le débat démocratique n’est pas incompatible avec la crise sanitaire actuelle » ( article de Libération du 18 avril 2020) . Le gouvernement a oublié cette notion de débat qui est pourtant l’essence même de la démocratie. Samuel Hayat rappelle, dans son article, que le gouvernement a compensé sa légèreté du début par un discours surmilitarisé et culpabilisateur et ensuite en présentant ses choix comme les seuls possibles. Ce qui est bien évidemment à l’opposé de l’idée démocratique. Ce discours est couplé avec une surexposition médiatique de ce gouvernement mettant en place une monopolisation de la parole publique.

Il est donc difficile actuellement de défendre les libertés individuelles et le Bien Public. Mais viendra le temps où l’on pourra protester collectivement et regagner nos libertés garanties par notre constitution . Et de ce passé confiné nous n’en ferons pas table rase . Nous nous souviendrons de ce moment comme le début d’un après ou la continuité de ce qu’ont fait nos aînés à la sortie de la seconde guerre mondiale avec «  Les jours heureux ». Et nous rappellerons à Monsieur Macron que ce programme du Conseil National de la Résistance est à l’opposé de son programme « En Marche ».

Agnès , le 25 avril 2020

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