Couvre feu et enfermement

Mercredi 25 mars

Valréas

Le bruit de 5 semaines de confinement court.  Comment les gens les plus précaires vont ils le supporter ?  On ne sait pas.

Depuis quelques jours, je repense à cette période qui est restée une boite noire, dont je sais que je l’ai vécue parce qu’on me l’a racontée :  Tlemcen et le couvre feu pendant la guerre d’indépendance. Couvre-feu à cinq heures, me disait mon père.  Le sentiment d’un saut dans le temps, et d’une boucle. Je ne me souviens pas de cette époque, trop  petite. Juste d’un peu de lumière et de grands appartements sombres. Et de la peur diffuse, comme ces ombres. Parfois, cette ombre algérienne passe sur la journée et se confond avec les autres  inquiétudes : le doute quand à ce qu’il faut vraiment faire, le désespoir de se dire que tout cela sera réutilisé contre nous,   de voir se répéter les mêmes schémas de domination, d’appel au sacrifice, de mépris. La rage d’être bloqué quand il faudrait sortir.

Chaque jour apporte un nouvel angle ou une nouvelle question ;  mardi et mercredi dernier, j’ai suivi ce que disait le gouvernement Tu peux sortir faire du sport? Donc, je sors. Tu peux faire les courses ? Donc,  je sors faire les courses.  Là, je pense aux soignants,  et je limite au maximum, je ne prends plus le vélo, je me dis que j’ai un jardin et que je peux rester chez moi. L »émission sur Mediapart,  A l’air libre,  de Valentine Oberti, où parlaient des soignants m’a impressionnée.  Et leur désarroi, mis en regard du discours du sacrifice que tient le gouvernement, mais pas seulement le gouvernement, tous ces gens qui disent « oh que c’est beau ces gens qui meurent pour les autres », c’était terrible.  Macron et ses sbires ne sont pas les seuls à incriminer. Ne pas vouloir mourir d’une épidémie est légitime mais, le besoin veule de sécurité sanitaire qui  fait voir ce qui reste du public comme sa chose, qui fait accepter l’idée du sacrifice des autres,  combiné à la défense éperdue de ses intérêts, c’est obscène.

artoff4299

S’il y a bien un moment où la proposition d’Arturo Escobar s’est avérée vitale, c’est maintenant; Arturo dit que nous devons changer d’ontologie, changer de façon d’être si nous voulons survivre. Qu’il nous faut migrer de nos ontologies individualistes vers ce qu’il appelle des ontologies relationnelles.  il le dit dans Sentirpenser avec la terre, dans Autonomie et design.

A part ça,:

en France, les flics continuent de malmener les banlieues.

à Sao Paulo, les dealers imposent le couvre feu dans les favelas, et menacent les habitants ….

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