Le chien

Chateaubriant

Jeudi 19 mars

Le temps est magnifique .

La valse des tondeuses a pris le dessus sur les concerts désormais quotidiens des oiseaux.

Et pourtant le silence est pesant.

Les nouvelles que je trouve sur le fil d’info que je suis ne sont pas rassurantes. L’épidémie semble loin d’être réellement circonscrite en Chine, ce qui présage pour nous une durée très, très longue de confinement, et plus que des incertitudes quant à la suite.

Je me sens d’humeur morose.. Mes idées sont sombres, voire apocalyptiques..

Je relègue mon téléphone dans un coin et me mets à coudre des lingettes lavables en écoutant un podcast d’émission réalisée une semaine auparavant par des copines féministes. J’étais inscrite à cet atelier radio, mais déjà consciente de la situation en Italie, et faisant partie des cas à risque – je suis immunodéprimée – je me suis auto-confinée. J’ai alors annulé tout ce qui ressemblait de près ou de loin a des activités sociales : atelier radio, arpentage féministe, chorale de femmes… Je ne suis pas convaincue de l’incidence du mail envoyé pour évoquer le pourquoi de ma retraite..

Je profite du beau temps pour faire ensuite une ballade avec mon chien. Laisser passer et carte d’identité en poche. J’ai marché 500 mètres jusqu’à la boite aux lettres la plus proche. Je poste un flot de courriers de remerciements pour l’aide et le soutien apporté quand j’étais malade ; ainsi qu’un courrier destiné à la cpam contenant ma déclaration originale d’arrêt maladie pour Janvier. Le RSI auquel j’étais affiliée a fusionné en février à la cpam. Il y a un gros bug informatique, la cpam n’a absolument pas acces aux données qui précèdent février 2020.. Depuis ce mois, je n’ai plus d’indemnités journalières…Le lendemain j’ai appris par un agent de la Poste, qu’il n’y avait ni levée, ni distribution de courrier. Une collègue a lui est malade, la direction a refusé le test, toute l’équipe a exercé son droit de retrait. Depuis vendredi matin, il est en quarantaine comme trois autres facteurs.. Mon courrier est au chaud tout près de chez moi a attendre un jour d’être distribué…

Le jour même je reçois un rappel de cotisations de ce même RSI, désormais Urssaf, plutôt exorbitant..

Une dent me fait mal je soupçonne une carie. Les dentistes ont fermé leur cabinet…

Pas de quoi arranger mon état de stress et d’anxiété. Belle journée que voilà …

Pour me calmer, je me suis mise à mon tour à la tondeuse. Consciente du privilège d’avoir un jardin. A pousser comme une forcenée sur cette dernière, histoire de passer cette sourde colère.. Le chien aboie tout ce qu’il peut après les oiseaux mais certainement pas que..

On dit que les animaux ressentent les émotions de leur maître, de l’ambiance ou de la météo.

L’empirisme a prit le dessus sur la théorie : alors que je me pose sur les marches de la maison pour souffler, la sonnerie d’entrée retentit. Je rentre le chien. C’est un voisin avec qui j’ai déjà eu des déboires durant l’été.. Cela fait deux jours que nous sommes en confinement, deux jours seulement.. et il ne supporte déjà plus les aboiements de mon chien … Je ne suis pas d’humeur. l’échange est tendu, il menace d’empoisonner le chien, et ne se cache pas de mettre a exécution ses menaces.

Il faut le reconnaître, ce chien est un braillard. Disons que son mode d’expression est clairement l’aboiement. A mon grand désarroi. Il aboie après les oiseaux qui se nichent dans le laurier, ou qui se posent sur le mur du jardin, il aboie quand une personne ou un comparse passe dans la rue, il aboie quand il a faim, il aboie quand je le néglige ( souvent parce qu’il aboie), il aboie en hurlant à la mort avec la sirène d’ambulance, il aboie quand un autre chien aboie… J’ai trouvé la parade, trop content de rentrer dans la maison j’alterne les moments a l’intérieur et l’extérieur, ce qui réduit largement la charge sonore de ce dernier qui ce jour était légèrement au dessus de la charge habituelle .. la faute au beau temps…

Je rentre chez moi en pleurs, dépitée, saturée sans trouver de perspectives au marasme du jour. Laisser le chien chez quelqu’un, mais maintenant ce n’est plus possible de sortir de la ville sans raison autre que familiale, alimentaire ou professionnelle. Dans mon désarroi j’envisage le pire. Peut être une manière d’exorciser toute cette tension, cette appréhension liée au confinement et a l’avenir qui se profile.. Et surtout la réaction de mon voisin, menaçant, déjà en saturation après deux jours de confinement. Dans quel état serons nous dans une, puis deux, puis trois semaines. Je me sens potentiellement en danger, et ne peux m’empêcher de projeter ce type de comportement à l’ensemble de la ville…

A 19h30, pour évacuer cette tension accumulée , nous dansons dans la maison..et saluons par la fenêtre une amie voisine et son fils…

Vendredi 20 mars a été un autre jour. Il faisait froid et sombre, mais aussi l’air était plus léger ..

J’ai appelé le dentiste, en cas d’urgence il peut me prendre a son cabinet. Désormais, je sors plus souvent dans le jardin en même temps que mon chien. Il rentre avec nous a la maison, et n’aboie quasiment pas.. Pourvu que cela dure…

Anne Le Déan

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