L’après

S’imaginer vivre à l’intérieur pendant 15 jours. Ou 45 ?. Au début c’est difficile.

Ne plus marcher.

Ne plus courir.

Ne plus faire de sport à l’extérieur.

Ne plus voir la Loire.

Ne plus voir les bars qui grouillent.

Ne plus boire de thé au soleil.

Et pourtant, ça stimule la création, que d’être hors de la société. Savoir que nous sommes tous en flottement – ou presque – c’est plaisant. Plus de lectures approfondies, plus d’écriture, plus de cuisine, plus de contemplation.

L’arrêt du temps. L’arrêt de la machine moderne qui tourne normalement à plein régime, ça peut avoir du bon. Pour une fois, nous n’avons rien raté, rien à perdre de ce qu’il se passe dehors.

Et pourtant, on se pose la question de savoir si l’on va tenir chez nous. Tenir quoi ? Quelle résistance doit-on adopter, à part celle de se laisser couler par le temps et la lenteur ?

Moi, je me demande plutôt si après, après la vague, on arrivera à retourner dans le monde d’avant, le monde brûlé. Celui qui consomme la chair de ses bêtes et des hommes, celui qui engloutit les produits par kilos, celui qui encaisse, encaisse et encaisse.

J’imagine la création de nouvelles formes politiques. Des sortes de pro-confinés. Des groupements qui mélangeraient la sobriété heureuse avec une forme de radicalité extrême : laisser la place à la nature, se faire tout petit, limiter ses déplacements. Mais dans quel monde la sobriété confiné pourrait-elle exister, quand on demande à la population de continuer de travailler, tout en envoyer les signaux inverse : sauve qui peut.

Le prochain ouvrage de Damasio s’interrogera peut-être sur cet aspect. Le confinement va profondément modifier nos vies intérieures et notre rapport au temps, à la mort, à la relativité, à l’importance de la vie. La crise « sanitaire », dont le mot si froid et glacé remplace les centaines de morts que nous commençons à avoir sur nos bras, révèle notre fragilité extrême au sein des structures mondialisés. Car des simples particules sont capables de nous tuer. L’égoïsme reprend le dessus, tout en étant compréhensible.

« J’ai besoin d’air »

« J’ai besoin de lumière »

« Je dois sortir mon chien »

« Je dois faire mon footing »

Tout d’un coup, le rapport au corps et à l’extérieur devient vital, alors que nous le rejetons le reste de l’année : faute de temps, d’envie, par flemme.

D’un coup, ça devient vital.

Ana Rougier

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