Quelques jours après

 

Comme beaucoup de gens, j’ai vécu le confinement dans la tentative de comprendre ce qui se passait. Donner un sens. Raté.

Enfin, la plus grande partie du confinement, parce qu’à un moment, j’en ai eu marre, j’ai coupé avec les infos et je me suis plongée dans un travail sur le XVI siècle et le millénarisme.

Il me semblait avoir une seule boussole : il fallait aider les soignants à poursuivre leur combat. Bon, ça a pas l’air facile de se battre avec eux. Qu’est ce qu’ils veulent, j’ai du mal comprendre là aussi.

Dans la série, Anne, qui a fait une thèse en bio, me dit  que les informations sont trop contradictoires pour permettre de se faire une idée  sur l’épidémie, ses dégâts réels, ses traitements ( voir l’histoire de la revue Lancet).

ça laisse songeuse.

 

 

Solidarité. Quelques motifs d’être perplexes.

Échange avec Anne. Elle me dit qu’à Saint Nazaire les citoyens solidaires avec les soignants se sont retrouvés seuls au rendez vous un samedi.

Je lui raconte que notre association, qui a essayé de joindre le collectif inter hospitalier n’a pas eu de réponse.

Pourtant, les soignants appellent à la solidarité.

Tentative de décryptage :

Main mise des syndicats qui se méfient ?

Fatigue?

Désaccords internes sur l’inclusion ou non d’autres ?

Incapacité à penser systémique ?

Ailleurs le monde n’est pas meilleur . Pandémies, famines et guerres : l’architecture du capital

 

 

 

Cette construction historique de la pandémie est le produit et la matière première (production et consommation) d’une structure sociale en vue de la soumission absolue, totale, des peuples et des corps ; des peuples et des corps, qui sont eux-mêmes produits par la structure du système-monde capitaliste pour l’extraction de richesse. Des peuples et des corps soumis au pouvoir absolu de l’état corporatif (fascistes) des intérêts des multinationales.

Aujourd’hui encore, cette construction historique produit tous les verrous, tous les dispositifs, pour assurer le cycle de la production et de la consommation (la reproduction du système), en annulant, en réduisant à néant et en tuant la conscience. Un exemple paradigmatique de cette histoire est ce que l’on appelle la « révolution verte » (dans les années 50), systématiquement liée aux politiques du « développement ». La « révolution verte » a appliqué et continue d’appliquer à l’agriculture, à l’industrie pharmaceutique, à l’éducation et à la société, la technologie, la connaissance scientifique et l’organisation militaro-industrielle des entreprises issues des deux premières guerres mondiales : technologie, connaissance scientifique et organisation militaro-industrielle des entreprises faites pour tuer et qui, au nom de la production alimentaire, continuent de tuer. Pour cela, elle a concentré et continue de concentrer la terre dans tous les pays du monde, en détruisant les savoirs traditionnels nécessaires à la production communautaire et agricole des aliments, et en détruisant les graines qui expriment la vision du monde des peuples ; pour mener à bien cette tâche macabre, elle a massivement recours aux produits toxiques et à la connaissance technique utilisés pour la guerre, pour tuer la terre et les fils et filles de la terre ; avec ces produits toxiques, ils ont pollué toute la planète de façon systématique et organisée ; ces produits toxiques se sont accumulés, bio-accumulés et bio-amplifiés dans tous les organismes, en créant une société domestiquée, soumise, réduite à l’esclavage et malade, en déchirant le tissu de nos relations avec la terre lorsqu’ils détruisent notre harmonie naturelle avec les rythmes de l’univers. Nous parlons aujourd’hui de peuples et de corps par lesquels la terre ne transite plus ; de graines qui ne gardent plus dans leur cœur le silence des mots ; de fruits qui dissimulent sous leur apparence comestible une technologie complexe qui tue les peuples et les cœurs en empoisonnant l’esprit que nous partageons avec la nature.

Tout cela a lieu à cause de la pandémie toxique du développement qui assèche notre cœur, tandis que le parfum cancérigène des produits phytosanitaires mine le sens des mots, mine les pratiques agricoles traditionnelles, les relations sociales et les consciences : le succès de chaque marchandise produite par le système-monde capitaliste, c’est la mort de la conscience. C’est ainsi que s’accumule et se concentre la richesse. La mort est le fondement du marché et la terreur garantit son fonctionnement. La pandémie, à l’intérieur de la construction historique qu’est cette société, est l’une de ses marchandises. Les morts des « villa-miseria », les morts des bidonvilles, les morts des favelas, les exilés et les exilées, les femmes battues, les millions d’enfants abandonnés comme des déchets humains dans les rues et les égouts du monde par des sociétés qui se targuent d’être « démocratiques », « tolérantes », « inclusives », « multiculturelles », tous ceux-là devront creuser leur propre tombe car les lois du marché du système-monde capitaliste continuent de tuer, encore et encore.

On promulgue la loi et le droit qui est promulgué par la loi, le droit que stipule la loi, le droit que proclame la loi, que promet la loi, est un droit de mort : la loi est une autre marchandise. Le droit à la santé est une autre marchandise. Le droit à la vie… Ayotzinapa du monde, jeunes du monde, enfants du monde, femmes du monde assassinées par la pandémie du patriarcat sous l’ État corporatif… La loi, c’est l’histoire racontée par les vainqueurs, l’histoire racontée par les marchands de la mort. La loi c’est l’histoire du crime racontée par les assassins. La pandémie n’est pas un événement extraordinaire mais plutôt le fonctionnement NORMAL du système. Elle n’annule pas et ne suspend pas les lois du marché : la misère et la mort continuent et continueront d’être distribuées entre les peuples accablés par les démocrates de la terreur.

La pandémie, en tant qu’elle fait partie de cette construction historique du système-monde capitaliste, renforce le droit d’être des esclaves ; le devoir d’être des esclaves. Nous assistons à la transformation des contextes internationaux des droits qui révèlent, une fois de plus, avec l’impact de l’image terrifiante de la pandémie, le visage primitif du capital dessiné par la sanglante écriture du marché, omnivore et brutal, qui nous gouverne ; nous assistons à l’acheminement vers de nouvelles formes d’esclavage dans les usines-ghettos, dans les quartiers-ghettos, dans les favelas-ghettos, dans les villes-misère-ghettos, dans les pandémies-ghettos, dans les églises-ghettos, dans les écoles-ghettos, dans la misère-ghetto, dans la faim-ghetto, dans les corps-ghettos, dans les enfances-ghettos, dans le réchauffement-climatique-ghetto. Obéissance irrationnelle dépourvue de conscience. On nous dégrade, on nous minimise, on nous déshumanise, on nous dénaturalise. Dans ce contexte, le droit et le devoir d’être des esclaves ne nous permet pas de penser en termes d’autonomie, de coopération, de réciprocité, du pouvoir des assemblées des peuples et de la Terre-Mère pour le travail collectif de la rébellion. Dans cette société corporative, la loi et les droits ont commencé à coudre chaque cellule, en enfonçant cruellement l’aiguille dans chaque nerf, dans chaque muscle, dans chaque os, dans chaque respiration, dans chaque geste, avec les fils de la peur, de la haine, de l’égoïsme, de la compétitivité, de la normalité : le système-monde capitaliste partage la violence pour accumuler et continuer à concentrer la richesse. Nous assistons, avec les pandémies visibles, mais encore plus avec celles qui sont invisibles, à la production « d’une nouvelle espèce de population prédisposée à l’isolement et à l’enfermement ». (Mbembe, 2016)

La pandémie, comme une des manières de tuer, est une construction historique créée par les institutions du système-monde capitaliste dans le contexte d’une profonde crise qui construit des peuples et des corps soumis, écrasés par toutes les vulnérabilités, matières premières propices à alimenter lÉtat corporatif affamé des entreprises multinationales : la pandémie se construit comme se construisent toutes les violences : en construisant des corps pour fournir les abattoirs du marché.

Non, nous ne sommes pas face à un événement terrible : pandémies, avalanches, sécheresses, famines, produits transgéniques, déplacement forcé, disparition forcée, projets de mort, d’imbécilisation, de pollution, d’abrutissement collectif ; coups d’État, escadrons de la mort, colonialisme, inquisition, esclavage rémunéré, réification des femmes et de la terre pour extraire les richesses, pour les violer, pour semer la terreur et cultiver dans les champs de concentration les foules de la peur, les foules de l’oubli, les foules du silence. Non, nous ne nous trouvons pas face à un événement terrible : ça, c’est le visage primitif du capital dessiné par l’écriture sanglante du marché, omnivore et brutal, qui nous gouverne.

Le système-monde capitaliste accumule des richesses à travers les multiples processus de production du progrès qui tue, du développement qui tue, de la démocratie qui tue, de la civilisation qui assassine, qui assassine par déluges1, par tempêtes mortelles, par cyclones mortels, par avalanches mortelles : « l’histoire » du développement, « l’histoire » du progrès, « l’histoire » de la démocratie, « l’histoire » de la participation et de la représentation démocratique dans le cadre du développement, c’est « l’histoire » des massacres exécutés par la rationalité du capital.

 

Non, nous ne sommes pas face à un terrible événement : le massacre de la ferme « El Nilo » (Cauca, 1991), le massacre « del Naya » (Cauca), le massacre de Trujillo (Valle del Cauca), le massacre des bananeraies (Ciénaga, Magdalena, 1925) ; le massacre de Santa Maria de Iquique (1907), le massacre de l’ambassade d’Espagne au Guatemala (1980) ; la boucherie de Tlatelolco (1968) ; le génocide contre le peuple palestinien ; le génocide contre le peuple mapuche, contre différentes peuplades du monde ; le massacre de nos sœurs les graines par les entreprises transnationales ; le massacre causé par les aliments bombardés de produits chimiques des empires Bayer ; Syngenta, Monsanto ; le massacre du Vietnam, dont les champs et les campagnes ont été arrosés par des millions de litres de pesticides, par l’agent orange de la transnationale Monsanto ; le massacre des Argentins acculés par leur dépendance aux agrotoxiques et le soja transgénique ; le massacre de la santé des peuples par les empires pharmaceutiques ; le massacre des peuples migrants qui fuient la barbarie du développement, combien de fois se sont-ils dirigés de façon tragique vers les mirages mortelsde ce développement. Voilà le terrible constat : le système du monde capitaliste est un scénario de mort.

Non, nous ne sommes pas face à un terrible événement : dans ce scénario de mort, les mères allaitent leurs enfants avec du lait maternel empoisonné avec par des pesticides comme le lindane, l’aldrine, l’héptachlore, le chlordane, le DDT2 Dans ce scénario de mort, par la voie du cordon ombilical circule du sang contaminé par des poisons marquant les fœtus au fer rouge mais invisible des substances agrochimiques produites à échelle mondiale par les entreprises transnationales. Dans ce scénario de mort, la misère ronge en silence les estomacs qui meurent de faim. Dans ce scénario de mort, la malnutrition est une pandémie qui remplit la planète d’obèses à cause de la consommation démesurée de produits nous rendant dépendants d’un régime alimentaire chimique, mortel, artificiel, ou à cause de la faim qui a été engendrée par ces mêmes transnationales dans le marché du simulacre de vie qui enchaîne les esclaves de la faim avec les maillons de la dénutrition, des maladies et de la mort. Dans ce scénario de la mort, l’économie du système mondial capitaliste exprime son «élan génocide» (Boaventura de Sousa Santos).

Non, nous ne sommes pas face à un terrible événement. Il a été démontré que le système de mort est une nouvelle phase du développement : la mise au pas de la population mondiale pour approfondir l’extraction de richesses sous des régimes de terreur plus atroces les uns que les autres. Les jeux de pouvoir, comme l’a démontré une fois de plus Rita Segato, relèvent du secret. Des secrets qui éclatent comme des bombes atomiques contre la vie des peuples pour que le système se reproduise, pour que le système affine ses techniques d’extermination : des peuples disciplinés sous le joug des intérêts économiques du système mondial restreint à quelques privilégiés.

Nous sommes aujourd’hui face à l’image originelle du capitalisme, du système actuel mondial capitaliste. L’image que montre ce système morbide proclame : tout est possible. Il est possible de ruiner le système de santé, parce que ce système est seulement une partie du système morbide : tuer est une affaire très rentable. Comme font partie de la rentabilité même de ce système, les églises qui sont érigéepar des messies patriarcaux, des violeurs, des agents de la mort comme Bolsonaro, Trump, Uribe Vélez, et tous ces messies du système, les institutions systémiques transnationales, les leaders du système, les oppositions au système. Les viscères déshumanisées, déshumanisantes, de la terreur institutionnalisée, continuent leurs desseins de mort sous prétexte du développement et de la démocratie du système capitaliste mondial. La terreur, c’est cette combinaison de marchandises mises en circulation sous la forme d’expériences, de pratiques, de croyances, d’instruments et de dispositifs de pouvoir produits pour les intérêts économiques du système capitaliste mondial : les marchandises de la terreur se consomment comme des modèles de comportement avec pour unique objectif la déshumanisation, et la société autoritaire en fait des marchandises comme de prétendues options et styles de vie.

Manfred Max Neef a révélé que derrière le suicide des anciens et anciennes en Espagne, il y a en réalité, «les assassinats d’un système économique pervers»3 ; Un sentiment partagé par Vandana Shiva : le suicide des paysans et paysannes4 voué·es à la ruine à cause de la consommation des produits technologiques et transgéniques de Monsanto est une conséquence du système économique capitaliste : c’est un suicide qui se réalise avec les mêmes pesticides que ceux que Monsanto leur vend pour empoisonner la nourriture, empoisonner les cultures…et empoisonner l’esprit des peuples par le biais d’une barbarie normalisée du développement :

«Au cours des 16 dernières années, plus d’un quart de million d’agriculteurs se sont suicidés en Inde : cela représente la plus grande vague de suicides enregistrée dans l’histoire de l’humanité. Entre 1995 et 2010, plus de 250 000 agriculteurs ont mis fin à leur vie en Inde, et plus de 50 000 de ces suicides d’agriculteurs ont eu lieu dans la province de Maharastra, la plus riche du pays. En 2010, les chiffres officiels ont annoncé un total de 15 964 suicides d’agriculteurs. Ces statistiques sont sûrement inférieures à la réalité, en particulier parce que les femmes ne sont généralement pas incluses dans ces chiffres, en raison du fait elles ne possèdent pas de titre de propriété sur les terres, lesquels sont généralement demandés pour être reconnu en tant que paysan.» (Zacune, 2012)5

Dans ce scénario de mort, les assassins sont au pouvoir et le crime est une vertu d’État (Vargas Vila). Voilà une histoire terrible : le développement est la politique des assassins, et la démocratie, la pantomime sanglante de l’état État corporatif des entreprises transnationales qui gouvernent le monde. C’est ça, ce qui est terrible.

Dans notre recherche d’alternatives, il faudra partir des prémisses qui nous amènent à détruire les politiques et les institutions du développement, saturées par l’atmosphère chargée des chambres à gaz du système capitaliste mondial qui empoisonnent les corps, les semences, les consciences, les organisations, les rêves, et chercher, organiser et développer des alternatives anti-systémiques, anticapitalistes, des assemblées, des appuis mutuels, autonomes : retourner à la terre, à notre Terre Mère, enraciner notre cœur ; peupler d’arbres le fleuve de nos mots.

NOTE : Sous les mains vieillies du silence, l’herbe verte, doucement bercée par le vent, caresse le visage de la jeune fille qui ne peut plus voir la terreur qui dort sur ses yeux grands ouverts. Son visage, esquissé par les rayons du soleil, nous laisse en mémoire l’avertissement des longs barbelés des camps de concentration, qui infatigables, cousent dans notre chair, dans nos nerfs, dans notre conscience, dans nos mots, les lettres patriarcales de la loi, de la justice corporative, de l’ordre économique, politique, alimentaire et éducatif fasciste-nazi ; ils sont les longs barbelés du système capitaliste mondial. Dans combien de lieux cette jeune fille est-elle morte sans laisser d’autre trace que ses yeux ouverts ?

Humberto Cárdenas Motta


Abya Yala
Abril 3 de 2019

Traduction : Clémence Demay, Sonja Tarby. Relecture : Juliette Deprez.

 

1 On meurt en déluges, a écrit Jorge Enrique Adoum.

2 On peut lire, à la page 21 de l’étude financée par la Global Environment Facility (GEF) et le Ministère de l’environnement équatorien : « Cette enquête a confirmé l’accumulation des insecticides chlorés en détectant la présence de lindane, d’aldrine, d’heptaclhlore et de DDT dans les 160 échantillons de lait maternel récupérés auprès des mères des villes d’Esmeraldas (40 échantillons), Guayaquil (40 échantillons) et Quito (80 échantillons) et dans des quantités dépassant de quatre à cinq fois les Limites Maximales de Résidus (LMR) établis pour le lait de vache, dans la mesure où ces limites n’ont pas encore été établies pour le lait maternel humain ». Escuela Superior Politécnica del Litoral, I. (2004). https://www.dspace.espol.edu.ec. Obtenu sur https://www.dspace.espol.edu.ec: https://www.dspace.espol.edu.ec/bitstream/123456789/16314/1/Inventario%20de%20Plaguicidas%20COPs%20en%20el%20Ecuador.pdf

3 Max Neef, Manfred. 2016. L’économie démasquée. Récupéré sur : https://www.youtube.com/watch?v=66n9v9uK_PA&t=1836s

4 «Depuis le lancement du coton Bt en 1988, Monsanto a violé des lois, corrompu des gouvernements, été impliqué dans des affaires de biopiraterie, en créant des monopoles sur les graines, en détruisant la biodiversité et en poussant les paysans à l’endettement et au suicide. » Vandana Shiva, Navdanya, www.navdanya.org. Récupéré sur : http://ceccam.org/sites/default/files/De%C3%ACcada%20resistbaja.pdf

5 Zacune, Joseph. 2012. « Lutte contre Monsanto : Résistance des mouvements de base face au pouvoir entrepreneurial du business agricole à l’ère de ‘l’économie verte’ et du changement climatique ». Récupéré sur :https://viacampesina.org/es/wp-content/uploads/sites/3/2012/04/Monsanto-Publication-ES-Final-Version-1.pdf

Organiser une mise en réseau

Écouter hier soir les soignants du  collectif Interhopitaux était stupéfiant. Une des rares bonnes nouvelles de ces derniers temps.  Ils ont parlé de l’inattendu et de l’improbable : l’autonomie.

 Ils expliquaient qu’en fait, à un moment donné, la direction de l’hôpital et l’agence régionale de santé, ces deux poutres maîtresses du dispositif néo-libéral, ont cédé. c’est  à dire, trés concrètement, l’ARS a cesse d’envoyer aux soignants, qui devaient faire face à l’afflux de malades,  des sms destinés à leur expliquer la procédure à  suivre pour être dans les clous. A un moment donne, les soignants ont dit qu’il fallait qu’ils  aient les mains libres Et ça a marché : pendant le temps fort de l’épidémie, le personnel hospitalier s’est organisé sur ses propres bases,  ils ont conçu leur plan de  lutte contre la pandémie et l’impératif d' »activités » a cédé  à celui du soin; Ils racontent que  cela a été un moment extraordinaire de renouer avec  ce qui était leur motivation première.

 ce n’est pas de l’héroïsme qui les a motivé c’est la solidarité

Bon, ne rêvons pas, des que  la pandémie s’est calmée, ils ont recommencé à recevoir des messages destines  à  calibrer leurs prestations et les évaluer

mais quand même, pendant un cours moment, la logique gestionnaire et la logique hiérarchique ont cédé.

c’est un peu comme ce qui s’ était passé à la Zad de notre dame des Landes, où,  pendant un temps, les fondements marchands de l’agriculture ont été remis en question.

 

Il me semble que c’est quelque chose hors du commun qui s’est passé là.

Cela mériterait plus d’analyse

et surtout  qu’on rallie  leur combat.

En contactant ces comités par exemple et en créant des alliances avec des fédérations citoyennes.

maintenant.

 

Par où on commence?

On peut partir du plus simple : les soignants.

Trêves d’applaudissement; Qui va les soutenir lorsqu’ils manifestent comme à Toulouse  il y a deux jours?

 

Ils ne sont pas des héros et le disent

 

Questions :

Existe -t-il un comité  inter-hospitalier qui fasse le lien entre la lutte contre le cornavirus et les luttes contre la politique hospitaliére du gouvernement ?

Existe-t-il un comité citoyen d’aide à leur combat pour la revalorisation de la fonction?

Qui est prêt à les soutenir  au lieu de leur offrir des médailles?

 

Le moment de se compter semble venu.

 

Deconfiner n’est pas déconner

Peu élégant, c’est vrai

Mais l’époque manque singulièrement d’élégance.

alors voilà : nous avons tenu ce blog pendant deux mois. Comme des tas de gens, pendant ce laps de temps, nous avons éssayé de comprendre ce qui nous arrivait. Nous avons été horrifié.e.s, décontenancé.e.s, consterné.e.s, dérouté.e.s, écœuré.e.s, dégoûté.e.s. Par le gouvernement; par nos intellectuels en général, par Schiappa qui n’en rien à foutre que les putes crèvent la dalle, par les flics qui continuent à casser de l’Arabe et du Noir, par les journalistes, on se croirait sous de Gaulle, mais merci à Mediapart, même si ils sont très vertueux. Merci à A l’air libre qui nous a fait un peu respirer. Nous avons essayé de comprendre ce qui se passait dans l’hôpital. nous avons essayé de comprendre ce qui se passait avec le pouvoir.

Au bout d’un moment, on a eu envie d’aller voir ailleurs.

Mais où ?

Nous avons parlé avec des Mexicains, des Brésiliens, des Argentins, des Colombiens. Leurs problèmes ressemblaient aux nôtres mais étaient aussi bien loin. Nous avons parlé a nos potes africains.

et tout ça dans notre maison et dans notre jardin où nous bêchions furieusement en insultant nos gouvernants.

Mais pas qu’eux

Nous avons compris quoi?

Quelques petits trucs. avec beaucoup de boulot.

Merci à Anne, Agnés, Ana, Manon et Virginie. Merci à Lais.

Bon, on n’arrête pas

On vous attend pour la suite.

On dé-con-fine?

Demain, plus besoin d’ausweis

Cool.

oui, je sais il ne faut pas comparer. Le nazisme, le fascisme, c’est une autre époque; celle du conflit démocratie /dictature.

Nous, on vit une nouveauté .On ne sait pas ce que c’est, juste que ce n’est pas une démocratie. L’époque des coquilles vides

.Je me souviens de ce que j’ai entendu lors d’un été torride en Espagne, il y a plus de quarante ans. 1974, Franco était encore vivant. L’année d’avant, un jeune anarchiste, Puig Antich, avait été exécute, garrotté. J’étais à Toléde pour études, au bord d’une piscine municipale, où les ados du coin essayaient d’échapper à l’ennui. A un moment donné, une des filles avait réagi en riant à moitié à un propos et dit :

¡ Oye, si estamos en democracia ! (Eh, mais on est en démocratie!)

Je me souviens de ma stupéfaction; Bien sur, c’était une expression, un fait de langage, un emprunt, quelque chose qui avait du transiter avec les émigrés ou avec ceux qui passaient la frontière pour acheter des livres interdits, aller au cinéma, etc. Mais çà n’avait pas de sens, cette phrase lancée avec légèreté dans ce pays ou on avait enfoncé une vis jusqu’à ce que mort s’en suive, dans la nuque d’une jeune homme pas assez docile

Il y avait déjà dans la langue ce qui s’affirmerait plus tard, en France, lorsque le langage serait investi par la publicité du régime, peu importe lequel.

Antiphrase et oxymore.

Mais quel nom cela porte donc, ce procédé qui consiste à affubler ce qui existe d’un terme désignant ce qui n’est plus?

Et qui n’a jamais éxisté pour tout le monde.

Un plan pas Sibeth

Des linguistes ont trouvé un plan pour lutter contre le COVID

Semaine 1
Suppression des occlusives labiales : P et B, au mforit de la nasale M.
Conséquence : mrès de soixante-dix mour cents des mostillons sont éliminés, et de mlus, on meut constater qu’ainsi la diction gagne meaucoup en soumlesse.

Semaine 2
C’est au tour des occlusives dentales : D et T, remmlacées par la nasale N. C’est un meu mlus nifficile. Il faunra un cernain nemps mour s’y haminuer, mais une semaine nevrait suffire.

Semaine 3
Les nernières occlusives nismaraînront, à savoir les vélaires que sont les K et G « nur » (comme nans gaga), remmlacées mar la nasale GN.
Nous omniennrons alors un langnage meaugnoup mlus ségnurisé, gni nevrait mermennre ne rénuire la « nisnance marrière » à gnanre-vingt-nouze cennimènres.

Semaine 4
Mour finir, la mesure la mlus nrasnigne gnonsisnera à éliminer le gnroume nes frignanives gnonniues F, V, S, Z et nes frignanives chuinnannes J et CH auxgnelles se rumrninuera la rrignanire rimranne R.
C’est cernes un meu nernigne mais nous omniennrons alors une nignnion n’une rluininé ramais égnalée gni rera la rierné nes mays rrangnorones.

Rire la Rémumligne !
Rire la Rrance !

« L’urgence de nos libertés »

L’état d’urgence sanitaire voté par le parlement, le 24 mars 2020, donne au gouvernement toutes prérogatives pour tenter de faire face à la pandémie du covid-19. Les mesures qui ont été prises en confinant la population chez elle pour stopper l’épidémie, mettent entre parenthèse nos libertés. Nous n’avons plus la liberté d’aller et venir, ni de réunion ni d’entreprendre.

Comme le disait Amaury Bousquet (avocat) dans un article paru dans Libération, le 1ier avril 2020, « lorsque nous abdiquons nos libertés, c’est pour faire face à une menace imminente représentant un danger, tel que de renoncer à tout ou partie de nos droits fondamentaux, ne nous semble pas si terrible en contrepartie. Encore faut-il que nos concessions soient nécessaires et que la réduction de nos libertés individuelles soient limitées dans le temps. »La nécessité de ces mesures et leur calendrier sont ici posées .

Il est donc plus que légitime de se demander si il était nécessaire de mettre en place des mécanismes de contrôle de la population pour gérer cette crise sanitaire. Depuis le début du confinement, les français sont en résidence surveillée 23 heures su 24, en effet, ils ont le droit de sortir une heure par jour et jusqu’à un kilomètre de leur domicile avec une attestation de déplacement dérogatoire qu’ils se sont eux-même remplis.

Mais était-il nécessaire de sanctionner autant les français ? Depuis le début du confinement plus de 760 000 contraventions ont été dressées pour des attestations jugées non conformes avec des motifs parfois invraisemblables, par exemple : tous les motifs de sortie n’étaient pas recopiés ou plusieurs motifs cochés ou personne trop endimanchée pour marcher ou courses jugées non vitales ( achats de serviettes hygiéniques ) … Les forces de l’ordre ont été sommées de faire respecter ce confinement et se sont retrouvées seules face au flou de cette attestation de déplacement. Ce qui était permis à un endroit ne l’était pas dans un autre. De nombreuses plaintes sont déjà déposées pour contraventions abusives. Et la réponse du ministre de l’intérieur, Monsieur Castagner, a été d’appeler «  au discernement des forces de l’ordre » face à chaque cas. Laissant ainsi la porte ouverte à tous les abus.

Non content de sanctionner, le gouvernement nous culpabilise. Les français doivent obéir sans rechigner car « il en va de notre survie » nous raconte-t-il . Le gouvernement en appelle à notre patriotisme . Mais quid du patriotisme quand 3 millions de citadins ont fui en toute impunité leurs domiciles pour aller se réfugier dans les campagnes . On estime que 20 % de la population parisienne et de la petite couronne est partie et en parallèle que la consommation d’eau de la ville de Concarneau, en Bretagne, a augmenté de 40 %. Mais, il est vrai que «  déserter les villes pour les champs est un vieux réflexe de classe » nous rappellent Attias et Benbassa dans Libération du 2 avril 2020. En effet, ce sont les catégories socio-professionnelles supérieures qui ont fui les villes , catégorie qui travaille le plus et qui peut se confiner loin des villes.

Etait-il nécessaire de criminaliser ces français, restés en ville, qui n’auraient pas respecté plusieurs fois le confinement. Dans cette course au contrôle de la population (environ un million), des peines de prison ou des travaux d’intérêts généraux ont été prononcés, dans une justice expéditive, celle de la comparution immédiate.

Mais alors comment expliquer aux personnes devant passer en jugement car étant en détention provisoire, donc présumées innocentes, que les tribunaux ne fonctionnent pas pour eux à cause de l’épidémie de covid-19 ? Pour remédier à cela la ministre de justice, Madame Beloubet, a décidé arbitrairement de prolonger les durées de détention provisoire de 3 à 6 mois sans l’intervention d’un juge.

Dans la continuité du contrôle de la population, le gouvernement imagine un « tracking » : géolocalisation des portables et mise en place d’une stratégie numérique d’identification des gens ayant été en contact avec des personnes infectées par le covid-19.

La technologie sanitaire doit et peut jouer un rôle important durant cette pandémie pour sauver des vies mais cela ne doit pas servir de prétexte pour entrer dans un système généralisé de surveillance numérique. Malheureusement, le gouvernement a choisi de mettre en place, durant cette pandémie, des technologies plus sécuritaires que sanitaires.

Avec cette généralisation du contrôle de la population, doit se poser la question de notre vie privée et de notre liberté. Doit-on sacrifié nos libertés au nom de l’impératif sanitaire ? Ne cédons pas à la fuite en avant des technologies, au pouvoir moralisateur du virus, au discours récurrent qui nous martèle que la sécurité est la première de nos libertés.

Sortons de notre état de sidération et restons vigilant et critique devant tous ces discours qui tentent de dissimuler l’incurie des politiques publiques menées depuis des années. Rappelons nous ce qu’est l’économie libérale. Rappelons à notre gouvernement que toutes ces mesures d’atteinte aux droits et aux libertés garanties par la constitution doivent être abolies à la fin de l’état d’urgence.

Car oublier ces droits reviendrait à dissoudre le corps social à une simple juxtaposition d’individus. Lors de son allocution du 13 avril 2020, Emmanuel Macron, a cité l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Ce qui est pourtant à l’inverse de sa politique libérale qui fonde les distinctions sociales sur des intérêts privés ! De qui se moque-t-on ?

Dans sa volonté de marteler que la « situation est exceptionnelle » pour ainsi réduire les critiques et les divisions politiques, il souhaite faire « union nationale ». Mais , il gouverne par ordonnances, marginalise le rôle de l’assemblée qui a pourtant un rôle de surveillance à jouer, suspend le conseil constitutionnel ainsi que le code de procédure pénale ! L’on voit bien ici la tentation autoritaire de ce gouvernement libéral à travers ces mesures liberticides.

Il est donc nécessaire de retrouver un discours politique cohérent. Jean-Luc Mélenchon nous le dit : «  le confinement sanitaire ne doit pas devenir un confinement politique. » Pour le sociologue Samuel Hayat : «  le débat démocratique n’est pas incompatible avec la crise sanitaire actuelle » ( article de Libération du 18 avril 2020) . Le gouvernement a oublié cette notion de débat qui est pourtant l’essence même de la démocratie. Samuel Hayat rappelle, dans son article, que le gouvernement a compensé sa légèreté du début par un discours surmilitarisé et culpabilisateur et ensuite en présentant ses choix comme les seuls possibles. Ce qui est bien évidemment à l’opposé de l’idée démocratique. Ce discours est couplé avec une surexposition médiatique de ce gouvernement mettant en place une monopolisation de la parole publique.

Il est donc difficile actuellement de défendre les libertés individuelles et le Bien Public. Mais viendra le temps où l’on pourra protester collectivement et regagner nos libertés garanties par notre constitution . Et de ce passé confiné nous n’en ferons pas table rase . Nous nous souviendrons de ce moment comme le début d’un après ou la continuité de ce qu’ont fait nos aînés à la sortie de la seconde guerre mondiale avec «  Les jours heureux ». Et nous rappellerons à Monsieur Macron que ce programme du Conseil National de la Résistance est à l’opposé de son programme « En Marche ».

Agnès , le 25 avril 2020

Réflexion sur la situation de catastrophe sanitaire liée au covid-19

Dans son livre «  Des quoi Sarkozy est-il le nom ? », sorti en 2007, Alain Badiou nous interrogeait sur le sens que l’on doit donner à la politique . Il nous mettait en garde contre la politique pratiquée qu’il jugeait moralisatrice, séductrice et culpabilisatrice. Il nous interpellait sur le monde dans lequel nous désirions vivre . Pour lui, en abandonnant, l’hypothèse communiste, le monde se résignait à l’économie de marché, à la démocratie uniquement parlementaire et à des inégalités de plus en plus importantes.

En 2020, ces paroles résonnent tellement et se calquent sur la politique néo-libérale de Macron et compagnie. Au nom du modernisme, nous avons tous succombé à l’économie de marché. Cette économie qui gère tout à court terme et à flux tendu, est aujourd’hui décriée, entre autre, par ceux qui la soutenaient . Et ceci au regard de la catastrophe sanitaire mondiale.

Car cette soudaine prise de conscience de l’importance d’un service public hospitalier solide, vient du fait que ce virus touche tout le monde . Peut-on considérer que cette prise de conscience amènera les gens à comprendre enfin que notre santé dépend de la santé de tous ? Prendra-t-on conscience que l’argent public n’est jamais dilapidé mais investi pour nous soigner, que le soin doit avoir nécessairement plus d’importance que l’économie et que la vie des gens ne doit plus être une valeur marchande ?

Espérons que cette prise de conscience tardive, nous amènera à une réflexion sur l’après. Que nous nous questionnerons sur le monde dans lequel nous voudrions vivre et surtout que nous continuerons à nous demander «  De quoi Macron est-il le nom ? » pour en finir avec ce modèle économique libéral et individualiste.

Il nous faudra nous réapproprier l’espace public pour réinventer une démocratie et peut-être revoir l’hypothèse communiste. Il faudra avoir conscience que tous les systèmes ont leurs travers. Tachons de trouver celui qui nous permettra de survivre en étant plus humain.

Agnès Desanlis, le 30/03/2020

Qu’est-ce qui nous arrive?

C’est le titre d’un article de l’historien Jérôme Baschet, paru il y a une quinzaine de jours dans Lundimatin.

https://lundi.am/Qu-est-ce-qu-il-nous-arrive-par-Jerome-Baschet

J’aime bien ce titre, qui nous éloigne des impasses où nous précipitent « ceux qui savent ». 

Baschet estime que rien n’est gagné,  mais rien n’est perdu non plus  . La perte de légitimité toujours plus grande  des gouvernements, entre autre celui de la France,  l’intensification inévitable de la répression dans un contexte où la gestion de la pandémie ne fera qu’accentuer les inégalités et discriminations,   la poursuite à tout va d’un néolibéralisme mortifère,  ces contradictions déboucheront nécessairement sur une exacerbation des conflits. On n’est pas  sortis de la séquence, qui en France s’est ouverte à partir de Nuit debout. Et dans le monde, je ne me risque pas à des hypothèses, tout le monde sait néanmoins que la lutte, la résistance, la colère, on l’appellera comme on veut, s’intensifie

Quelle raison avons nous de penser que nous n’aurons pas simplement un bilan plus lourd : plus de mains arrachées, plus d’ yeux crevés, plus d’arrestations et de gardes à vue. Et en prime le passage à un stade supérieur de contrôle électronique avec ou sans application Covid ?  Voir ce qui s’est passé à Bure

https://reporterre.net/L-Etat-a-depense-un-million-d-euros-contre-les-antinucleaires-de-Bure

 

 Baschet compte sur :

La colére,

celle des médecins, par exemple,  qui appellent à une » insurrection générale des personnels de santé. » il dit qu’on peut envisager  une « giletjaunisation de la sortie du confinement – malgré les tours de vis que le gouvernement se prépare, pour cela même, à donner ».

L’ouverture d’une brèche dans le temps :

« Pourtant, malgré toutes ces limites, la conjonction de la colère contre un état de fait de plus en plus discrédité et d’une rupture de temporalité qui ébranle les habitudes les mieux ancrées est porteuse d’un potentiel non négligeable de critiques, de remises en cause et, peut-être, d’ouverture à de multiples et infimes bifurcations Ce contexte de crise, dans lequel de surcroît la question de la mort est moins occultée qu’à l’habitude, donne une place singulière à des questions telles que : qu’est-ce qui est vraiment important ? A quoi tenons-nous véritablement ? C’est sans doute l’un des ferments potentiellement créatifs de la situation présente.

Une expérimentation grandeur nature d’un blocage généralisé de l’économie (35% de l’activité globale et 44% de l’activité industrielle)

 

La nécessité de pratiques auto-organisées du soin : « des maisons de santé autonomes, un réseau de compétences partagées ou tout autre mode d’organisation envisageable dans ce domaine auraient permis, comme ont pu le faire les zapatistes, de faire émerger collectivement les mesures sanitaires nécessaires pour affronter l’épidémie, plutôt que de laisser à l’État le plaisir de nous les imposer de façon coercitive »

 

Il écrit : Le virus joue aussi comme un accélérateur du temps historique.

Coups Transparents

L’INDIFFERENCE, encombre les corps, ils s’inondent,

S’enfoncent dans le Cauchemar,

Honteux ; ils s’épuisent, disparaissent.

La ville se transforme, en cage.

En UNE CAGE qui oppresse ;

Poitrines, cœurs, courages.

PEUR(s) ;

Entre Violences et oublis traversant la rue,

UN passage fermé qui se déploie,

DEVANT moi je vois, ressens, reçois,

Ces GUERRE(s) Sourde(s) criante(s), censurée(s) ;

Il est gluant, engloutissant.

Elles s’imposent.

Nous nous effaçons.

C’est dur ; ça blesse dehors. À l’intérieur aussi, la vie se fait une peine.

La lueur Est

Etreinte.

L’Espace EST
Bousillé.

L’issue de secours : « Je suis rongé, alors je ronge ». C’est la loi, là, ici- et là ; devant, derrière, en haut en bas, dans toutes les directions, relations interactions. Panneaux uniques arrestations, destructions, démolitions, intimidations, discrimination, dominations.

ET je résiste/ hésite

Vivante/ Me Hante

Cette cage elle qui soumet à ses opinions.

Il est dur de s’en débarrasser, elle est cadenassée.

Contrôlés les élans et mouvements,

Les intentions, et ces actions…

Elle est un poids, un poison.

C’est l’errance qui nous vient,

La transparence et sa souffrance qui nous fais sa danse,

Jusqu’à ce jour où elle aussi fera son coup, nous laissant en trace, une place dans cette espace.

Laïs

Les critères d’une application de traçage

Le Chaos Computer Club est une groupe de hackers et geeks de Hambourg . Après son évocation dans une corona-chronique de David Dufresne , voici une traduction de leur article concernant les critères d’évaluation d’une application respectueuse de la vie privée. C’est autre point de vue que celui de la Quadrature du Net qui est pour un rejet pur et simple de toute application.

Rôle du CCC : Chaos Computer Club

Depuis plus de 30 ans, le CCC s’est engagé dans le bénévolat à l’intersection entre la technologie et la société. Nos principes éthiques défendent le respect de la vie privée, la décentralisation et l’économie des données – et s’opposent à toute forme de surveillance et de coercition.

Sans prétendre à l’exhaustivité, nous citons dans cet article les exigences minimales de protection de la vie privée auxquelles une « Corona App » doit répondre pour être socialement et technologiquement tolérable. La CCC ne fournira en aucun cas une mise en œuvre concrète avec une approbation, une recommandation, un certificat ou un sceau de test.

Il incombe aux développeurs de systèmes de recherche de contacts de prouver le respect de ces exigences ou de les faire prouver par des tiers indépendants.

10 exigences pour l’évaluation des applications de « recherche de contacts

Les « Corona apps » sont sur toutes les lèvres comme un moyen de contenir l’épidémie de SRAS-CoV-2. Le CCC publie 10 exigences pour leur évaluation d’un point de vue technique et sociétal.

Actuellement, le  » traçage des contacts « , qui bénéficie d’un soutien technique, est envisagée comme moyen de contrer la propagation du CoV-2 du SRAS de manière plus ciblée. La justification générale est de permettre une plus grande liberté de mouvement pour le plus grand nombre en permettant un traçage rapide et l’interruption des chaînes d’infection. Les contacts des personnes infectées devraient être avertis plus rapidement et ainsi pouvoir se mettre en quarantaine plus rapidement. Cela devrait permettre d’éviter de nouvelles infections. Une « corona app » pourrait donc ne protéger ni nous-mêmes ni nos contacts : Elle serait conçue pour briser les chaînes d’infection en protégeant les contacts de nos interlocuteurs.
La recherche des contacts en tant que technologie dangereuse.

Il existe un certain nombre de suggestions pour la mise en œuvre technique de ce concept. Ces propositions vont de systèmes dystopiques de surveillance complète à des méthodes ciblées et totalement anonymes d’alerte des personnes potentiellement infectées sans connaissance de la personne concernée.

En principe, le concept de « Corona App » implique un risque énorme en raison des données de contact et de santé qui peuvent être collectées. En même temps, il y a une chance pour les concepts et technologies de « privacy-by-design » qui ont été développés par la communauté de la cryptographie et de la protection de la vie privée au cours des dernières décennies. Grâce à ces technologies, il est possible de développer le potentiel épidémiologique de la recherche des contacts sans créer de catastrophe en matière de vie privée. Pour cette seule raison, tous les concepts qui violent ou même mettent en danger la vie privée doivent être strictement rejetés.

Dans ce qui suit, nous exposons les exigences sociales et techniques minimales pour ces technologies. Le CCC se voit confier un rôle de conseil et d’observation dans ce débat. Nous ne recommanderons pas d’applications, de concepts ou de procédures spécifiques. Nous déconseillons toutefois l’utilisation d’applications qui ne répondent pas à ces exigences.


I. Exigences sociétales

  1. Sens et objectif épidémiologiques

La condition de base est que la « recherche des contacts » puisse contribuer de manière réaliste à réduire de manière significative et démontrable le nombre d’infections. La validation de cette évaluation relève de la responsabilité de l’épidémiologie. S’il s’avère que la « recherche des contacts » via l’application n’est pas utile ou ne remplit pas son objectif, l’expérience doit être interrompue.

L’application et toutes les données recueillies doivent être utilisées exclusivement pour lutter contre les chaînes d’infection par le SRAS-CoV-2. Toute autre utilisation doit être techniquement empêchée dans la mesure du possible et légalement interdite.

  1. Volonté et absence de discrimination

Pour une efficacité épidémiologiquement significative, une application de « recherche des contacts » nécessite un degré élevé de diffusion dans la société. Cette large diffusion ne doit pas être obtenue par la force, mais uniquement par la mise en place d’un système fiable et respectueux de la vie privée. Dans ce contexte, il ne doit y avoir aucune perception de frais d’utilisation ni aucune incitation financière à l’utilisation.

Les personnes qui refusent de l’utiliser ne doivent pas en subir les conséquences négatives. La politique et la législation doivent veiller à ce qu’il en soit ainsi.

L’application doit informer régulièrement les gens sur son fonctionnement. Elle doit permettre une simple désactivation temporaire et une suppression permanente. Des mesures restrictives, par exemple une fonction de « menottes électroniques » pour contrôler les restrictions de contact, ne doivent pas être mises en œuvre.

  1. Respect fondamental de la vie privée

Seul un concept convaincant basé sur le principe de la vie privée peut être accepté par la société.

En même temps, des mesures techniques vérifiables telles que les technologies de cryptographie et d’anonymisation doivent garantir la protection de la vie privée des utilisateurs. Il ne suffit pas de se fier à des mesures organisationnelles, à la « confiance » et à des promesses. Les obstacles organisationnels ou juridiques à l’accès aux données ne peuvent pas être considérés comme suffisants dans le climat social actuel de réflexion sur l’état d’urgence et d’éventuelles exceptions de grande portée aux droits constitutionnels par le biais de la loi sur la protection contre les infections.

Nous rejetons l’implication des entreprises développant des technologies de surveillance comme un « nettoyage de covid ». En principe, les utilisateurs ne devraient pas avoir à « faire confiance » à une personne ou une institution pour leurs données, mais devraient bénéficier d’une sécurité technique documentée et testée.

  1. Transparence et vérifiabilité

Le code source complet de l’application et de l’infrastructure doit être librement disponible sans restriction d’accès pour permettre des audits par toutes les parties intéressées. Des techniques de construction reproductibles doivent être utilisées pour garantir que les utilisateurs puissent vérifier que l’application qu’ils téléchargent a été construite à partir du code source audité.

II. Exigences techniques

  1. Aucune entité centrale à laquelle faire confiance

Une recherche de contact totalement anonyme sans serveur central omniscient est techniquement possible. Il n’est techniquement pas nécessaire que la protection de la vie privée des utilisateurs dépende de la fiabilité et de la compétence de l’opérateur de l’infrastructure centrale. Les concepts basés sur cette « confiance » doivent donc être rejetés.

En outre, la sécurité et la fiabilité promises des systèmes centralisés – par exemple contre la connexion d’adresses IP avec des identifiants d’utilisateurs anonymes – ne peuvent être effectivement vérifiées par les utilisateurs. Les systèmes doivent donc être conçus pour garantir la sécurité et la confidentialité des données des utilisateurs exclusivement par leur concept de cryptage et d’anonymisation et la vérifiabilité du code source.

  1. Économie des données

Seules les données et métadonnées minimales nécessaires à l’objectif de la demande peuvent être stockées. Cette exigence interdit la collecte centralisée de toute donnée qui n’est pas spécifique à un contact entre personnes et à sa durée.

Si des données supplémentaires telles que des informations de localisation sont enregistrées localement sur les téléphones, les utilisateurs ne doivent pas être forcés ou tentés de transmettre ces données à des tiers ou même de les publier. Les données qui ne sont plus nécessaires doivent être supprimées. Les données sensibles doivent également être cryptées de manière sécurisée localement sur le téléphone.

Pour la collecte volontaire de données à des fins de recherche épidémiologique qui va au-delà de l’objectif réel de la recherche des contacts, un consentement clair et distinct doit être explicitement obtenu dans l’interface de l’application et il doit être possible de le révoquer à tout moment. Ce consentement ne doit pas être une condition préalable à l’utilisation.

  1. Anonymat

Les données que chaque appareil recueille sur les autres appareils ne doivent pas permettre de désanonymiser leurs utilisateurs. Les données que chaque personne peut transmettre à propos d’elle-même ne doivent pas être adaptées à la désanonymisation de la personne. Il doit donc être possible d’utiliser le système sans collecter ou pouvoir en déduire des données personnelles de quelque nature que ce soit. Cette exigence interdit l’identification unique des utilisateurs.

Les identifiants pour la « recherche de contacts » par technologie sans fil (par exemple, Bluetooth ou ultrasons) ne doivent pas être traçables par rapport aux personnes et doivent changer fréquemment. Pour cette raison, il est également interdit de connecter ou de dériver des identifiants avec les données de communication qui les accompagnent, telles que les jetons, les numéros de téléphone, les adresses IP utilisées, les identifiants des appareils, etc.

  1. Pas de création de profils de mouvements ou de contacts centraux

Le système doit être conçu de manière à ce que les profils de mouvement (localisation) ou les profils de contact (modèles de contacts fréquents pouvant être attribués à des personnes spécifiques) ne puissent pas être établis intentionnellement ou non. Des méthodes telles que le GPS central/la localisation ou la mise en relation des données avec des numéros de téléphone, des comptes de médias sociaux et autres doivent donc être rejetées par principe.

  1. Impossibilité d’établir des liens

La conception de la génération des identifiants temporaires doit être telle que les identifiants ne puissent être interprétés et reliés sans la possession d’une clé privée contrôlée par l’utilisateur. Elles ne doivent donc pas être dérivées d’autres informations d’identification de l’utilisateur, directement ou indirectement. Quelle que soit la manière dont les identifiants sont communiqués en cas d’infection, il faut exclure que les données de « recherche des contacts » collectées puissent être reliées sur des périodes plus longues.

  1. Non-observabilité de la communication

Même si la transmission d’un message est observée dans le système (par exemple via les métadonnées de communication), il ne doit pas être possible de conclure qu’une personne est elle-même infectée ou a été en contact avec des personnes infectées. Cela doit être garanti tant pour les autres utilisateurs que pour les opérateurs d’infrastructure et de réseau ou les attaquants qui ont accès à ces systèmes.